La BD « Mary Kingsley – La Montagne des Dieux » (Glénat, 2012) est le premier ouvrage du dessinateur Julien Telo. Scénarisé par Christian Clot, Esteban Mathieu et Guillaume Dorison, l’album résume la vie incroyable de Mary Kingsley.
Article rédigé en octobre 2014 pour le site des Crayonantes. Mis à jour en octobre 2022.
C’est l’histoire vraie d’une demoiselle de la vieille Angleterre qui brisa trente ans d’ennui pour vivre l’exaltation d’une aventure hors du commun. Mary Henrietta Kingsley aurait pu rester toute sa vie cloîtrée dans sa demeure d’Islington, au nord de Londres. Mais le destin lui joue un drôle de tour l’année de ses trente ans : Elle perd, à cinq semaines d’intervalle, son père puis sa mère.
L’air de la liberté
N’ayant ni mari ni enfants, Mary Kingsley respire alors un air inconnu : celui de la liberté. Il lui prend alors l’idée complètement folle d’aller explorer l’Afrique équatoriale, celle que lui a raconté son père lui-même explorateur. Une Afrique encore redoutable, mystérieuse et inexplorée.
La jeune femme débarque à Luanda, en Angola, où elle se forme aux rudiments de la vie africaine. Puis se lance à l’aventure. Elle fait l’ascension du Mont Cameroun (poussant le chic jusqu’à laisser sa carte de visite au sommet), emprunte le fleuve Ogooué en canoé (et y étudie quantité d’espèces de poissons jusqu’alors inconnues), et noue le dialogue avec les terrifiantes tribus cannibales (découvrant que ces peuples ont aussi une culture spirituelle et artistique).
L’intrépide demoiselle devient rapidement une célébrité. Son retour en Angleterre est couvert par une nuée de journalistes. Mary Kingsley anime des conférences et rédige deux ouvrages de référence, donnant à l’Europe un point de vue original et ouvert sur l’Afrique. Elle retournera sur le continent noir, où elle a découvert la vraie vie, sans doute même l’amour, et où la mort viendra la chercher à l’âge de 38 ans.

Le personnage a inspiré à l’écrivain Cecil Scott Forester un roman, « African Queen » sorti en 1935, lui-même à l’origine d’un film éponyme de John Huston (1951) avec Katharine Hepburn. Pour la bande dessinée, il faudra attendre 2012 et cet album sorti chez Glénat, « Mary Kingsley – La Montagne des Dieux » dans la collection Explora.
African Queen
Lors de la sortie de l’ouvrage en librairie, les critiques n’ont pas été tendres avec les scénaristes, à qui ils reprochent d’avoir trop survolé la vie de l’exploratrice anglaise, trop romancé l’histoire et pas assez creusé le caractère du personnage. Esteban Mathieu et Guillaume Dorison ont pourtant du mérite d’avoir tenté de résumer la vie de l’exploratrice en 46 pages. Le dessin de Julien Telo est quand à lui d’une grande richesse, chacune des planches délivrant une ambiance sauvage et inquiétante.
En fin d’album est ajouté un supplément de huit pages où est contée la (véritable) histoire de Mary Kingsley dans le contexte de l’Angleterre victorienne et de l’Afrique en voie de colonisation. Ce supplément, passionnant et richement documenté, est signé Christian Clot, co-scénariste de la BD et directeur de la magnifique collection Explora qui comme son nom l’indique invite à découvrir les grands défricheurs du monde. Vingt ans plus tard en 2022, les planches de la BD sont reprises par Le Monde dans la cadre de la série sur les grands personnages de l’histoire en bande dessinée, toujours chez Glénat.
