Depuis les début des années 2010, plusieurs aventures de Spirou et Fantasio ont été confiées à des dessinateurs installés à Nantes, notamment Yoann et Schwartz, héritiers d’une grande lignée d’auteurs BD.
Article rédigé en septembre 2014 pour le site des Crayonantes – Mis à jour en octobre 2022.
Contrairement aux autres figures de la BD franco-belge, Spirou n’a jamais été associé à un auteur tutélaire. Certes Franquin (1946-1968) puis le duo Tome-Janry (1984-2004) ont consacré chacun une vingtaine d’années aux aventures du groom intrépide, mais ni l’un ni l’autre, en dépit d’un apport considérable à la série, ne s’est réellement approprié le personnage.
De Rob-Vel à Schwartz
Au fil des années, Spirou a connu de nombreux auteurs. Il a traversé plusieurs périodes, exploré de nombreux univers, souvent changé de style et parfois même de caractère. Ces dernières années, Spirou, Fantasio et ses amis sont devenus Nantais. Ils ont du moins été confiés à deux dessinateurs installés à Nantes : Yoann (de 2009 à 2020), puis Schwartz depuis 2021.
La liste des auteurs qui se sont succédé dans la réalisation des albums de Spirou (sans oublier ceux qui ont postulé sans succès) donne une idée de l’héritage que portent nos deux dessinateurs. Si Franquin a publié les premiers albums en 1950, le personnage existe depuis 1938. Il a été imaginé par l’éditeur Jean Dupuis, qui cherchait un héros emblématique à la revue pour enfants qu’il lance en 1938. Spirou est créé sur commande par le dessinateur parisien Robert Velter, alias Rob-Vel. Celui-ci en fait un groom, l’affuble du costume idoine et d’un écureuil comme animal de compagnie. Spirou remplit les pages du magazine qui porte son nom. Et son auteur se fait aider dans son entreprise par son épouse au scénario puis sous-traite fréquemment le dessin. Plus qu’un auteur, Rob-Vel est donc surtout une signature d’équipe.
Parmi les auteurs sous-traitant, un certain Joseph Gillain, alias Jijé, reprend le personnage à son compte en 1943. Il affine sa silhouette et lui trouve un copain, le journaliste Fantasio. Mais c’est avec Franquin que Spirou sortira en albums. Dès 1946, l’auteur bruxellois consolide l’univers du héros, en ajoutant de nombreux personnages comme le comte Pacôme de Champignac, mais aussi Zorglub, Zantafio, Seccotine, le village et son maire, et surtout le Marsupilami. Franquin signera vingt albums, secondé en certaines occasions par Roba, Greg et Jidéhem.
En 1968, la série est reprise par le Breton Jean-Claude Fournier, qui signe neuf albums jusqu’en 1980 avant de passer la main au duo Nic et Cauvin, auteurs de trois albums. Lorsque Tome et Janry arrivent en 1984, Spirou signe un nouveau bail de vingt ans. Les deux Belges signent quatorze albums, intègrent de nouveaux personnages et réinventent les codes de la série. Ils exploitent en outre le filon des gamins farceurs (Cédric, Titeuf, etc.) pour lancer un personnage parallèle, le Petit Spirou.
Spirou le Nantais
Lorsqu’arrive le XXIe siècle, les aventures de Spirou sont confiées à Morvan et Manuera. Après quatre albums, c’est Yoann et le scénariste Fabien Vehlmann qui reprennent la série, avec l’album « Alerte aux Zorkons » en 2010. Le binôme revient aux valeurs qui ont fait la série, ajoutant un peu de férocité dans l’humour et quelques mises en abyme parfois déroutantes. « La face cachée du Z » (2011) est le deuxième opus du duo, suivi de « Dans les griffes de la vipère » (2013) puis « Le groom de Sniper Alley » (2014). Les auteurs bénéficient en outre du droit d’utiliser le personnage du Marsupilami dans leur cinquième album, « La colère du Marsupilami » (2018).
Chronologiquement, c’est en 2006 que Yoann et Vehlmann ont signé leur premier album de Spirou. « Les géants pétrifiés » est l’ouvrage qui inaugure une collection alternative imaginée par Dupuis pour inviter des auteurs extérieurs à tenter un one-shot du héros de leur enfance, en marge de la série officielle.
Cette série donne d’intéressantes découvertes, puis devient un véritable reboot lorsque Emile Bravo, dans « Le journal d’un ingénu » (2008), renvoie Spirou à son métier d’origine dans le Bruxelles de l’occupation allemande. Le personnage et son contexte sont immédiatement repris dans le tome suivant, « Le groom vert-de-gris » (2009), signé Yann et le dessinateur Olivier Schwartz. Cela ressemble à une suite de l’Ingénu et pourtant, le scénario avait été écrit fin des années 1980. Yves Challand en avait réalisé huit planches avant de disparaître dans un accident de voiture.
Olivier Schwartz et Yann s’approprient donc ce Spirou de l’immédiat après-guerre. Ils l’envoient dans une nouvelle aventure « La femme léopard » (2014) qui sera suivi, c’est annoncé, d’un opus nommé « Le maître des hosties noires« . Une sorte de série dans la série, avec un Spirou plus émotif, plus sentimental, et une BD truffée d’hommages et de références à la culture d’après-guerre.
En 2020, Olivier Schwartz hérite de la série officielle en remplacement de Yoann et Vehlmann. Avec les scénaristes Sophie Guerrive et Benjamin Abitan, il publie « La mort de Spirou » en 2022.